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Savez-vous dire je ne sais pas ?

J’aurai progressé le jour où j’arrêterai de vouloir toujours prouver que je sais.

Je venais d’avoir 40 ans quand j’ai entendu cette phrase en formation, à HEC, pour ma certification de coaching. J’avais passé ma vie à penser le contraire. Démontrer que je sais, que je suis compétente et sortir souvent assez fatiguée de mes interactions, à l’école, avec mes clients, avec mes chefs, mes collègues.

Bien sûr qu’on est supposé savoir, apporter un savoir, une expertise, d’autant plus riche qu’on avance dans le temps, mais que cela ne nous empêche pas de voir à quel point le groupe dans lequel on intervient a besoin tout autant (si ce n’est plus encore) de la qualité de notre présence, de notre authenticité et de notre posture d’observateur sensible qui vont nous permettre de savoir faire bien d’autres choses, sans doute tout aussi (encore plus ?) pertinentes.

Nous sommes nombreux à avoir été biberonnés au sois fort/sois parfait, dans un contexte où la culture prédominante du sachant nous a fait croire que nous devions avoir réponse à tout, arriver à tout faire et si possible, sans aide.

Pourtant combien d’énergie gaspillée et de réflexes professionnels inefficaces, voire d’erreur de posture, naissent du fait de vouloir à tout prix cacher qu’on ne sait pas ou démontrer qu’on sait.

Je suis N-1 et je n’ai pas (encore) toutes les compétences pour avancer. Je ne dis rien, je procrastine et je mets tout le monde dans le mur : je suis ? je suis ? Celui qui rend dingue car il ne vous alerte pas au bon moment.

Je suis le N+1 de ce collaborateur : Qu’est ce qui, dans mon propre sois parfait et la culture ambiante du sachant prônée par l’entreprise, n’a peut-être pas suffisamment soutenu le collaborateur à parler vrai, à alerter.

💡Mon conseil : demandez-vous comment vous incarnez vous-même, face à votre équipe, l’authenticité concernant vos propres zones de non savoir. Comment soutenez-vous vos N-1 à demander de l’aide, de l’entraide, à vous solliciter, dans la mesure de vos disponibilités. 

Je prends un nouveau poste, très très nouveau pour moi : je deviens manager, je passe manager de managers, je démarre une 1ère mission de management de transition, je passe de responsabilités très opérationnelles à une mission où réflexion stratégique, politique et mode transverse vont être prédominants,…et je pense qu’il faut que je m’en sorte seul(e) (si on m’a donné le poste, c’est bien que je dois savoir…).

💡Mon conseil : Demander de l’aide (conseil, formation, coaching, mentoring) dans ces changements majeurs est tellement crucial, normal et porteur de gain de temps et d’énergie ! Pour passer de XEROX à coach indépendante, je vous promets que mon succès est majoritairement venu des soutiens dont je me suis dotée. 

Je suis responsable de mission, je reçois un brief, pas clair, je n’ose pas demander des précisions et part bosser comme ça.

💡Mon conseil : Travailler la demande de ses interlocuteurs (boss, clients internes ou externes) est pourtant la chose à faire systématiquement. Elle est souvent brute et a besoin d’être affinée. Si ce n’est pas clair, écoutez-vous et questionnez. Votre professionnalisme commence là. 

Je suis expert dans mon métier, et je pense qu’il faut avoir réponse à tout face à ses interlocuteurs.

💡Mon conseil : Non pas forcément. On peut dire, je prends le point et vous reviens vite. Et fort de cette décontraction relative, je préserve mon énergie pour des choses parfois bien plus importantes : comment je perçois mon interlocuteur ? Ce que je pousse techniquement est-il générateur de changement  pour lui ? Est-ce que je soutiens mes interlocuteurs à s’exprimer au maximum ? Comment vais-je vraiment être à l’écoute de leurs difficultés ? De leurs besoins ? Sans crainte. 

Quand nous admettons que nous ne savons pas quelque chose, nous entrons dans le réel, celui où l’on se pose les bonnes questions, où on ose questionner les évidences, où on ne duplique pas systématiquement l’ancien, celui de l’interdépendance, du collectif, celui où l’on apprend vraiment.

On est d’avantage orienté efficacité alors même que nous ressentons plus de légèreté.

Alors que nous craignons pour notre image, quand nous cessons de mettre le curseur systématiquement sur le fait de prouver, nous découvrons en réalité une nouvelle forme d’appréciation de notre entourage professionnel (des centaines d’expériences personnelles ou vécues par mes clients à vous partager !).

Une coachée voulait se prouver qu’elle était capable de savoir innover elle-même dans son domaine. Un gros projet émerge pendant notre parcours. Quel beau terrain de jeu. La pression était à son comble. 

Après quelques séances, elle a admis de mettre un peu de côté son "pourvu que je sois à la hauteur en termes d'idées innovantes". Elle m'a fait confiance et a mis son énergie sur une posture détendue d'écoute et de maïeutique hyper efficace.

Le client lui a dit (certainement sans trop comprendre pourquoi) : « J’aime beaucoup travailler avec vous ». Cette relation client-fournisseur interne a tout d’un coup viré en mode léger, agréable à vivre et très efficace

Et ma coachée de passer un nouveau cap : celui de trouver ses idées innovantes en mode… coconstruction : en plus de ses idées, elle interroge des mentors, des services divers, le client bien sûr…et tout ça en se sentant finalement… très pro 😀 !

Un très beau shift de conscience. Bravo à elle 🏆 !

Tellement centré sur notre désir de prouver notre hyper-expertise, il nous arrive d’en oublier le client final (la satisfaction de notre interlocuteur, vous savez, celui qui s’en fiche pas mal de vos enjeux et questions personnels !).

Ce qui est vrai à l’échelon d’une personne est vrai à l’échelon de tout un service. Je me souviens d’un coaching dans un service informatique où la boss elle-même orientait toute son énergie sur un objectif : la refonte de leur outil. A aucun moment on n’entendait parler du client final, de ses besoins. L’outil était devenu une fin en soi. L’outil est un moyen. L’objectif ce sont ceux du client. Hyper-expertise quand tu nous tiens !

Mais Sophie ! Tu n’es pas en train de nous dire qu’être à l’aise avec le fait de ne pas savoir (tout, trop vite, à la place de,…) et en tirer beaucoup de légèreté, de plaisir et d’efficacité, est un nouveau savoir à acquérir ? J’avoue 😀.

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